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Tanika : EDF adapte le stockage par pompage à la mer, à La Réunion

Stocker l’électricité solaire de la journée en pompant de l’eau de mer vers un bassin perché sur une falaise, puis la restituer le soir en la laissant redescendre à travers des turbines : c’est le principe de Tanika, le projet qu’EDF porte à Saint-Denis de La Réunion. Le 26 octobre 2026, L’Usine Nouvelle présentait l’installation comme la première station de stockage d’énergie marine commerciale de l’électricien. Le projet a franchi une étape financière début octobre, avec l’arrivée d’un actionnaire public à ses côtés.

Qu’est-ce qu’une STEP marine ? #

Une STEP, ou station de transfert d’énergie par pompage, est une centrale hydroélectrique qui fonctionne dans les deux sens. Quand l’électricité est abondante, des pompes font monter l’eau d’un réservoir bas vers un réservoir haut. Quand le réseau en a besoin, l’eau redescend et fait tourner des turbines. C’est une batterie à grande échelle, dont l’énergie est stockée sous forme d’altitude.

La version marine supprime un des deux bassins. Comme le décrit le communiqué de la Banque des Territoires du 1er octobre 2026, Tanika fonctionne avec « un bassin situé en hauteur et l’océan en contrebas, qui sert de réservoir inférieur, limitant ainsi les infrastructures à construire ». La mer joue le rôle du lac aval, et il ne reste qu’un ouvrage à creuser et à étanchéifier.

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Une technologie éprouvée, un milieu nouveau

Le pompage-turbinage n’a rien de neuf. Dans le même communiqué, Pascale Gueville-Fortino, cheffe de projet Hydro Tanika, rappelle qu’il s’agit de « la solution de stockage d’électricité la plus développée au monde (plus de 90 % des capacités mondiales) » et qu’EDF l’adapte « pour la première fois au milieu marin ». L’innovation tient donc moins au principe qu’à son environnement : eau salée, corrosion, équipements exposés à l’océan Indien.

La filiale s’appuie sur la Direction EDF Hydro, qui exploite plus de 400 centrales hydroélectriques en métropole, dont 6 STEP, selon la présentation jointe au communiqué.

Les caractéristiques annoncées du projet #

Les chiffres officiels sont ceux du communiqué. La station aura une puissance de 50 MW et offrira « un potentiel de 8 heures de stockage quotidien ». Hydro Tanika évalue ce volume à l’équivalent de la consommation annuelle de 96 000 habitants.

Le bassin supérieur doit être aménagé sur le plateau de La Montagne, à Saint-Denis, et l’eau de mer est intégralement restituée à l’océan, précisait Imaz Press lors du lancement de la concertation publique, le 20 mai 2026. Cette concertation a duré six semaines, avec cinq ateliers thématiques (biodiversité, chantier, paysage, économie locale, technologie) et un atelier dédié aux riverains.

Plus qu’un simple stock d’énergie

La station ne se contentera pas de décaler la production solaire vers la soirée. Le communiqué indique qu’elle apportera d’autres services au réseau, comme le maintien de la stabilité « en régulant la fréquence et la tension ». Sur une île, ce point est décisif : le réseau réunionnais n’est pas interconnecté au continent, et il ne peut pas compter sur ses voisins pour absorber un déséquilibre.

Pourquoi La Réunion en a besoin #

Le solaire produit beaucoup en milieu de journée, alors que la consommation culmine en début de soirée. Sans stockage, ce décalage oblige à garder en réserve des moyens thermiques pilotables. Le projet vise justement à faciliter « l’intégration des énergies renouvelables sur le réseau » et l’autonomie énergétique de l’île, selon la Banque des Territoires.

Le communiqué insiste aussi sur la notion d’inertie. Les grosses machines tournantes d’une centrale hydraulique amortissent naturellement les variations de fréquence, ce que les panneaux photovoltaïques, raccordés par électronique de puissance, ne font pas. Pour un réseau isolé où la part du solaire augmente, cette inertie a une valeur propre.

Une prise de participation publique à 35 % #

Le 1er octobre 2026, la Banque des Territoires, filiale de la Caisse des Dépôts, a annoncé son entrée au capital d’Hydro Tanika à hauteur de 35 %. EDF reste majoritaire et « conserve la maîtrise technique du projet », souligne la cheffe de projet. Le cabinet Addleshaw Goddard a conseillé la Caisse des Dépôts sur l’opération.

Alexis Rouque, directeur régional Réunion – Océan Indien de la Banque des Territoires, justifie l’investissement par trois priorités : la transformation écologique, la cohésion territoriale via les emplois créés, et la souveraineté énergétique d’un territoire ultramarin. Le communiqué précise que l’opération est cofinancée par l’Union européenne, au titre du Feder, et par la Région Réunion.

Un calendrier qui court jusqu’en 2033 #

Le projet n’est pas encore entré en phase de chantier. Selon le calendrier prévisionnel, les travaux doivent démarrer au second semestre 2028, une fois les études et les démarches administratives bouclées et la décision finale d’investissement prise. Le chantier devrait mobiliser environ 450 emplois directs. La mise en service est prévue pour 2033.

D’ici là, plusieurs inconnues restent ouvertes : le montant définitif de l’investissement, qui n’est pas chiffré dans le communiqué officiel, et le comportement des équipements dans un milieu salin sur plusieurs décennies.

Ce que Tanika peut changer pour le stockage #

Les STEP classiques exigent deux lacs à des altitudes différentes, ce qui limite les sites possibles. En prenant la mer comme réservoir bas, le modèle marine ouvre la porte aux côtes escarpées, nombreuses dans les îles. Si Tanika tient ses promesses techniques, l’exemple pourrait intéresser d’autres territoires insulaires confrontés au même casse-tête : beaucoup de soleil à midi, et des besoins le soir.

Pour l’industrie, le projet illustre une tendance de fond : l’innovation dans le stockage ne passe pas seulement par de nouvelles chimies de batteries. Elle passe aussi par l’adaptation de solutions éprouvées à des contraintes nouvelles. C’est souvent le chemin le plus rapide vers une installation fiable à grande échelle.

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