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Wormsensing : 9,5 millions d’euros pour imposer ses capteurs de vibrations Dragonfly

Une start-up grenobloise qui fabrique des capteurs de vibrations plus fins qu’une feuille de papier vient de boucler une série A de 9,5 millions d’euros. Wormsensing, issue du CEA-Leti, veut faire de sa gamme Dragonfly un standard de la surveillance des machines industrielles. L’opération, annoncée fin octobre et détaillée le 2 novembre par Électroniques, illustre une tendance de fond : la maintenance prédictive devient une affaire de capteurs autant que de logiciels.

Qui finance et pour quoi faire #

Le tour est mené par Orano Venture Fund, le fonds géré par Supernova Invest. D’après Mesures, French Tech Seed (Bpifrance) participe, aux côtés des investisseurs déjà présents au capital : Innovacom, KBC Focus Fund et CEA Investissement. Électroniques ajoute le fonds régional Avenir Industrie Auvergne-Rhône-Alpes à la liste.

L’argent doit servir à deux choses. D’abord, enrichir l’offre de monitoring vibratoire avec de nouveaux services numériques, autrement dit vendre de la donnée interprétée et pas seulement un composant. Ensuite, accélérer le développement commercial hors de France, avec l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie en ligne de mire. Jean-Sébastien Moulet, cofondateur et directeur général, résume l’étape auprès de Mesures : « nous changeons maintenant d’échelle ».

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Un capteur piézoélectrique très sensible #

Wormsensing a été fondée en 2020 à partir des travaux du CEA-Leti, le laboratoire grenoblois spécialisé dans la microélectronique. Sa technologie repose sur des films piézoélectriques ultrafins : quand la surface sur laquelle ils sont collés vibre ou se déforme, ils produisent un signal électrique proportionnel au mouvement.

La start-up affirme que sa gamme Dragonfly atteint un plancher de bruit « 1000 fois plus bas que celui d’une jauge de contrainte », selon les termes rapportés par Électroniques. C’est une affirmation de l’entreprise, pas une mesure indépendante, mais elle explique l’argument commercial : plus le bruit de fond est bas, plus on détecte tôt les petites anomalies d’un roulement, d’un arbre ou d’un outil de coupe.

Une ligne de production déjà dimensionnée

Les capteurs sortent de la ligne Hyperion, dont la capacité atteint deux millions d’unités par an, toujours selon Mesures. Ce point compte pour un acheteur industriel : un capteur prometteur mais fabriqué en petite série reste cantonné aux pilotes. Une capacité de cet ordre permet d’envisager l’équipement de parcs de machines entiers, voire l’intégration directe par des fabricants d’équipements.

Ce que les industriels y gagnent #

Les usages visés sont classiques en maintenance prédictive, mais ils pèsent lourd dans les comptes d’une usine : anticiper les défaillances, réduire les arrêts imprévus de production et renforcer le contrôle qualité des procédés. Électroniques cite l’aéronautique, l’automobile, l’énergie, les transports et la robotique comme marchés cibles. Mesures précise que des clients de l’automobile et de l’aéronautique ont déjà mesuré des gains sur le terrain.

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Côté chiffres d’usage, Les Echos titrent sur « un gain de l’ordre de 100.000 euros par machine et par an ». Ce type d’estimation dépend évidemment de la machine surveillée et du coût d’un arrêt de ligne : sur un équipement critique dont la panne immobilise toute une chaîne, quelques heures d’arrêt évitées suffisent à justifier l’investissement.

Le vrai sujet : la donnée

Le choix de financer des « services numériques » n’est pas anodin. Le marché du capteur de vibration est encombré, et la valeur se déplace vers l’analyse : savoir distinguer une usure normale d’un début de casse, fixer des seuils d’alerte pertinents, intégrer les alertes dans la GMAO de l’usine. Une start-up qui maîtrise à la fois le composant et son interprétation peut vendre un abonnement plutôt qu’une pièce, avec des revenus plus récurrents.

Un signal pour la deeptech industrielle française #

Cette levée s’inscrit dans un contexte de financement plus sélectif. L’Usine Nouvelle notait le 31 octobre que le nombre de levées de fonds de la French Tech baisse tandis que les montants progressent : les investisseurs concentrent leurs tickets sur moins de dossiers. Une spin-off de laboratoire public, adossée à un fonds industriel comme celui d’Orano et dotée d’une capacité de production existante, coche précisément les cases que recherchent ces investisseurs.

Le parcours de Wormsensing rappelle aussi le rôle de l’écosystème grenoblois, où la recherche du CEA-Leti alimente régulièrement des créations d’entreprises dans les semi-conducteurs, les capteurs et la photonique. Reste à transformer l’essai à l’international, là où la concurrence des grands fournisseurs d’instrumentation est la plus rude. Les prochains mois diront si Dragonfly s’impose chez les fabricants de machines, condition pour devenir ce « standard industriel » que la start-up revendique.

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Questions fréquentes #

Combien Wormsensing a-t-elle levé ?

9,5 millions d’euros en série A, menée par Orano Venture Fund avec Bpifrance (French Tech Seed), Innovacom, KBC Focus Fund et CEA Investissement.

À quoi servent les capteurs Dragonfly ?

À mesurer les vibrations et déformations des équipements industriels pour anticiper les pannes, limiter les arrêts imprévus et contrôler la qualité des procédés.

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