Fibraterre, jeune entreprise d’Oissel (Seine-Maritime) qui fabrique des panneaux isolants en paille de blé, a bouclé un premier tour de table de 1,8 million d’euros pour monter sa première unité industrielle. L’annonce, publiée le 19 octobre 2026, marque le passage d’un atelier artisanal à une production automatisée et continue.
- Montant : 1,8 M€ levés auprès de Bpifrance, Normandie Participations et UTC Alumni & Side Angels.
- Objectif : une unité capable de transformer 3 000 tonnes de paille de blé par an d’ici 2030.
- Soutiens publics : Région Normandie, Ademe et Fonds pour une transition juste de l’Union européenne.
- Cible : construction neuve et rénovation, via un réseau d’intégrateurs partenaires.
Plan de l'article
Qui finance Fibraterre et pour quoi faire ? #
Selon Le Journal des Entreprises, le tour de table réunit Bpifrance, Normandie Participations et le réseau de business angels UTC Alumni & Side Angels. L’entreprise bénéficie aussi du soutien de la Région Normandie, de l’Ademe et du Fonds pour une transition juste, l’outil européen qui accompagne les territoires industriels dans leur décarbonation.
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Ce n’est pas le premier coup de pouce public. Le 1er décembre 2025, la Région avait déjà accordé plus de 1,1 million d’euros de subventions à un projet de recherche, développement et innovation porté par la start-up. La levée vient donc compléter un socle de financement non dilutif.
L’usage des fonds est clair : passer à une production automatisée et en continu, nouer des partenariats durables avec des agriculteurs locaux pour approvisionner le site pilote, et constituer en deux ans un réseau d’intégrateurs partenaires. Pour son président et cofondateur Alain Le Berre, l’opération doit permettre de « franchir les prochaines étapes importantes pour augmenter nos volumes de production ».
D’où part l’entreprise ? #
Fibraterre a été créée en juillet 2024 par Alain Le Berre, ingénieur en mécanique passé par le logement social normand, et Gilles Froidure, spécialiste de la communication. La Gazette Normandie racontait en octobre 2025 qu’Alain Le Berre s’était d’abord intéressé à la terre crue, avant de retenir la paille, plus simple à mettre en œuvre.
Les premiers échantillons datent d’avril 2025, et la production a démarré en juin 2025 avec deux salariés. L’investissement initial était modeste : 17 000 euros, surtout en machines. À l’époque, la capacité annuelle plafonnait à 500 m² de panneaux, avec un objectif de 5 000 m² fin 2026 puis 10 000 m² à plus long terme.
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Les fondateurs estimaient alors qu’il faudrait 1,8 million d’euros pour atteindre ce palier de 10 000 m² par an. C’est précisément le montant réuni un an plus tard : le plan de financement annoncé en 2025 a été tenu.
Un procédé emprunté au tatami #
L’innovation de Fibraterre tient dans un détournement. La paille est comprimée entre deux filets entrelacés, sur des machines conçues au départ pour fabriquer des tatamis. « Nous avons détourné des machines destinées à la fabrication de tatamis », expliquait le cofondateur à La Gazette Normandie.
Le résultat est un panneau manipulable, proposé en deux largeurs : 55 cm, adaptée à l’ossature bois, et 120 cm. C’est une différence notable avec la botte de paille classique, qui impose de dimensionner toute la structure à son épaisseur. Un panneau standardisé se rapproche des habitudes des artisans, qui posent déjà des isolants en rouleaux ou en plaques.
Pourquoi l’industrialisation est l’étape décisive #
La paille n’est pas un matériau nouveau dans le bâtiment. La Fédération française du bâtiment rappelle sur sa fiche consacrée à la paille isolante que les règles professionnelles de construction en paille, publiées par le Réseau français de la construction paille, sont acceptées par la C2P. Pour les assureurs, il s’agit donc d’une technique courante.
La même source recense 8 000 bâtiments construits en paille en France et plus de 4 000 professionnels formés. Elle pointe aussi les contraintes : approvisionnement et stockage à anticiper, hygrométrie à maîtriser de près. Ce sont exactement les points qu’une production industrielle, régulière et contrôlée, peut améliorer.
Le goulot d’étranglement est ailleurs : le volume. Tant que la fabrication reste artisanale, le matériau biosourcé reste cantonné aux maisons individuelles de particuliers convaincus. Pour entrer sur les chantiers de logement social ou de rénovation à grande échelle, il faut des quantités, des délais et des certifications. Fibraterre indiquait en 2025 discuter avec un bailleur social et devoir encore obtenir les certifications exigées dans la construction.
Quel ancrage agricole pour l’usine ? #
Viser 3 000 tonnes de paille de blé par an d’ici 2030 suppose une filière d’approvisionnement solide. En 2025, la paille venait de Seine-Maritime et de l’Eure, et l’entreprise reconnaissait qu’il faudrait davantage de fournisseurs pour atteindre ses objectifs.
C’est l’un des intérêts du modèle : la paille est un coproduit de la culture céréalière, disponible localement en Normandie. Contractualiser avec les agriculteurs du secteur sécurise la matière première, et apporte aux exploitations un débouché de plus pour un coproduit souvent peu valorisé.
Ce qu’il faudra surveiller #
Trois jalons diront si le pari est gagné. D’abord la montée en cadence : passer de quelques centaines de mètres carrés à une production continue est un saut technique, surtout avec des machines adaptées d’un autre usage. Ensuite les certifications, sans lesquelles les grands maîtres d’ouvrage ne prescriront pas le produit. Enfin le réseau d’intégrateurs, promis sous deux ans, qui doit transformer un bon matériau en solution posée sur chantier.
Le dossier illustre une tendance de fond de l’innovation industrielle française : des start-up qui ne cherchent pas une rupture technologique spectaculaire, mais qui industrialisent un savoir-faire existant, avec une matière locale et un capital patient mêlant fonds régionaux, Bpifrance et subventions européennes.
Questions fréquentes #
Où est installée Fibraterre ?
À Oissel, en Seine-Maritime, près de Rouen. C’est là que se trouve son atelier et que sera développée sa première unité industrielle.
Combien la start-up a-t-elle levé ?
1,8 million d’euros lors de son premier tour de table, annoncé le 19 octobre 2026, auprès de Bpifrance, Normandie Participations et UTC Alumni & Side Angels.
À quels chantiers s’adressent ses panneaux ?
À la construction neuve comme à la rénovation, avec deux largeurs (55 et 120 cm) pensées pour l’ossature bois et pour les artisans.


