La France est le pays qui place le plus de projets dans la dernière sélection du Fonds européen pour l’innovation : 16 lauréats sur 77, pour plus de 750 millions d’euros de subventions encore à conventionner avec Bruxelles.
- La Commission européenne a retenu 77 projets dans 23 pays le 19 octobre, pour 3,4 milliards d’euros de soutien potentiel.
- La France arrive en tête avec 16 projets, devant les Pays-Bas (9), l’Espagne et l’Allemagne (8 chacune).
- Cinq des douze grands projets industriels retenus sont implantés en France, dont GravitHy et H4 Marseille Fos.
- Les montants restent des subventions demandées : rien n’est versé avant la signature des conventions.
Plan de l'article
Que vient de décider la Commission européenne ? #
Le 19 octobre, la Commission européenne a publié les résultats de son dernier appel à projets du Fonds pour l’innovation. Ce dispositif finance le passage à l’échelle industrielle de technologies bas-carbone. Il est alimenté par les recettes du marché européen du carbone, le SEQE-UE, autrement dit par ce que paient les industriels pour leurs émissions.
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Au total, 77 projets répartis dans 23 pays pourraient se partager 3,4 milliards d’euros. Le ministère de la Transition écologique a publié le 28 octobre un bilan détaillé de la part française, qui sert de référence à cet article.
Pourquoi la France arrive-t-elle en tête ? #
Avec 16 projets, la France obtient plus d’une sélection sur cinq. Elle devance les Pays-Bas (9 projets), l’Espagne et l’Allemagne (8 chacune), puis la Belgique (6). Selon le ministère, les projets français représentent au moins 750 millions d’euros, soit plus de 23 % des soutiens annoncés.
Le résultat est encore plus net dans la catégorie des projets industriels de grande ampleur. Sur douze lauréats européens, cinq sont français : Ageli, BELair, GravitHy, H4 Marseille Fos et L’Ardoise. L’Espagne suit avec trois projets.
Pour Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, cité par le ministère, ces projets montrent « la capacité de notre industrie à innover et à investir pour relever le défi de la décarbonation ».
Quels sont les projets industriels retenus ? #
GravitHy, l’acier bas-carbone à Fos-sur-Mer
GravitHy prévoit à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) une usine capable de produire 2 millions de tonnes par an de fer briqueté à chaud. Le minerai y serait réduit avec de l’hydrogène bas-carbone produit sur place, au lieu du charbon des hauts fourneaux. Ce fer pré-réduit est ensuite fondu en acier dans des fours électriques.
Ageli, du lithium tiré de la géothermie alsacienne
Porté par Eramet en Alsace, Ageli serait la première installation industrielle française d’extraction directe de lithium à partir d’eaux géothermales. La capacité visée atteint 15 000 tonnes par an de carbonate de lithium de qualité batterie, un matériau dont l’Europe dépend aujourd’hui largement des importations.
SOLAR4EU, des panneaux solaires en Moselle
À Hambach, en Moselle, Holosolis veut construire une capacité de 5 gigawatts de cellules et de modules photovoltaïques. L’enjeu est de relocaliser une partie d’une chaîne de fabrication aujourd’hui concentrée en Asie.
H4 Marseille Fos, du carburant d’avion de synthèse
Toujours sur le bassin de Fos, H4 Marseille Fos prévoit une plateforme produisant jusqu’à 75 000 tonnes par an de carburants de synthèse pour l’aviation. Ils seraient fabriqués à partir d’hydrogène bas-carbone et de CO2 capté. Maritima souligne que le territoire provençal concentre ainsi deux des cinq grands projets français.
Et les autres lauréats français ? #
La sélection ne se limite pas à l’acier et aux carburants. BESS-4-C, porté par EDF Renouvelables, porte sur un stockage par batterie destiné à rendre le réseau électrique plus flexible. Les projets STEAMBOX et TISSUE visent l’électrification de la chaleur industrielle, l’un des usages les plus difficiles à décarboner.
Les projets de carburants durables BELair, en Normandie, et L’Ardoise, dans le Gard, complètent la liste des grands projets. Le point commun de cet ensemble : remplacer des procédés alimentés par des énergies fossiles importées par des procédés électriques ou à l’hydrogène.
Ces 750 millions d’euros sont-ils déjà acquis ? #
Non. Comme le rappelle L’EnerGeek, le montant correspond aux subventions demandées par les lauréats. Il sert de base à la négociation des conventions avec CINEA, l’agence exécutive européenne qui gère le fonds. Les budgets, calendriers et engagements techniques seront fixés à ce moment-là.
Les tonnages et gigawatts cités sont aussi des capacités projetées par les industriels, pas une production existante. La sélection européenne ne remplace ni les autorisations administratives, ni les décisions finales d’investissement, ni la construction des usines.
Ce que cela dit de l’innovation industrielle en France #
Ce classement confirme une tendance : les projets français les mieux placés sont souvent de très grande taille et concentrés sur quelques bassins industriels, comme Fos-sur-Mer, l’Alsace ou la Moselle. Ils mêlent technologie de rupture et passage à l’échelle, l’étape où beaucoup d’innovations échouent faute de financement.
Pour les start-up et PME industrielles, l’intérêt est double. Ces chantiers créeront des besoins en équipements, en capteurs, en électrolyseurs ou en services d’ingénierie. Le fonds reste toutefois réservé à des projets mûrs, prêts pour le déploiement industriel, plutôt qu’à la recherche amont.
Questions fréquentes #
Qu’est-ce que le Fonds européen pour l’innovation ?
C’est l’un des principaux programmes européens de soutien aux technologies bas-carbone à l’échelle industrielle. Il est financé par les recettes du système européen d’échange de quotas d’émission.
Combien de projets français ont été sélectionnés ?
Seize projets, sur 77 retenus dans 23 pays, ce qui place la France au premier rang européen de cet appel.
Quand les conventions seront-elles signées ?
Les lauréats doivent maintenant préparer leurs conventions avec CINEA. L’EnerGeek indique que les résultats de cette phase sont attendus au premier trimestre 2027.

